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Comment reconnaître et bien vivre son hypersensibilité quand on est un homme ?

Pour Thierry, il n’y a pas de hasard.

On va automatiquement vers ceux qui nous rassurent.

De la même façon et j’emploi ses termes, « y’à des gens qui vous choisissent parce qu’ils vous ont vu. Ou plutôt reconnu. »


Pour moi tout se passe dans le cœur, je fonctionne à l’instinct, mon intuition est mon guide et je lui fais confiance. Ensuite je réfléchis, je me questionne. Globalement je suis attentive aux vibrations et aux énergies échangées avec « l’autre ».


Thierry, lui, intellectualise beaucoup plus les choses.

Sa capacité à développer sa pensée, à conceptualiser et à l’exposer oralement m’impressionne.


On ne fonctionne pas de la même façon et pourtant on s’est senti immédiatement à l’aise, attiré, en facilité de discuter et d’échanger naturellement.


Et c’est comme cela, que spontanément nous nous sommes reconnus, et que j’ai souhaité avoir sa perception, sa vision, son vécu à propos de l’hypersensibilité masculine.


Peut-être pas si évidente que ça à vivre pour un homme dans notre société pourtant moderne.


Thierry Cammarata est actuellement expert en stratégie managériale et professionnel ; coach et formateur ; auteur du blog Arbitrium 14.


C’est en visio que je lui ai posé mes questions et qu’il a accepté de se prêter au jeu de l’interviewé avec transparence.


Voici un extrait de notre échange.


En espérant que cela puisse apporter une lumière, un éclairage pour qui l’hypersensibilité représenterait une part d’ombre difficile à apprivoiser.




Interview d'un hypersensible qui a choisi de se révéler

D'AVOCAT A COACH EN PASSANT PAR LA CASE MILITAIRE : UN UNIVERS PROFESSIONNEL RELIE PAR LA STRATEGIE


AG : Que signifie Arbitrium ?

T : Je cherchais un nom latin en rapport avec le Gard et son passé historique, original et qui ait un rapport avec la prise de décision.

En latin, ça signifie « Décision », en français « arbitrage »


AG : Libre-arbitre ?

T : Le fait de trancher


AG : Tu as eu de multiples casquettes par le passé : avocat, juriste, réserviste dans la Gendarmerie ?

T : J’étais lieutenant pendant une dizaine d’années.


AG : Qu’est ce qui a fait que tu as opéré une reconversion vers le coaching et la formation ?

T : Mmm … Tu as combien d’heures devant toi ? (rires)

En prenant mon café tout à l’heure, je pensais à ça donc c’est une très bonne question en fait.

A chaque fois c’est des prises de conscience. Ma vie c’est un jalonnement de prises de conscience.

Bien avant de découvrir le coaching et comment ça pouvait fonctionner.

Aujourd’hui je suis en mesure de dire et c’est une forme très maladroite et complètement empirique d’auto-coaching. Ce n’était pas structuré, ça me tombait dessus.

J’ai passé ma vie à faire ça.


Ça a commencé au collège et même bien avant, et ça s’est fini le jour où je travaille dans un cabinet d’expertise comptable comme juriste-droit du travail et je sens venir une forme de burn-out.


Je suis de retour de vacances et par le jeu du calendrier je passe une semaine où on est très peu nombreux au bureau. Les autres vont rentrer la semaine d’après. On est fin août. J’ai quelques trucs à faire sur la semaine et je vais passer la semaine à ne rien faire.


Tous les jours je me disais, je m’y mets. Le temps passe, et rien.

J’appelle mon médecin qui me dit que je traverse un épisode dépressif, un burn-out.

Il m’arrête pour 15 jours.



Le burn-out : une conséquence de la perte de sens au travail

Et à l’époque (comme aujourd’hui encore) j’étais sur Twitter et en relation avec des personnes qui écrivent.


Je suis en discussion avec une personne un mardi de septembre 2016, vers 10h ... et je lui fais part de mon mal être, de mon ras le bol.


Cette personne me demande : « pourquoi tu ne redeviens pas avocat ? »

Je lui réponds que je ne veux pas.

Et elle insiste : Pourquoi pas ? Pourquoi pas ? Pourquoi pas ?


Je finis quasiment par m’énerver de son insistance et je lui dis alors : « un avocat ça plaide sa cause aux yeux du monde (avocats, juges, télé) et moi je plaide la cause des gens à leurs propres yeux. »


Le message m’apparaît dans la conversation comme si ce n’était pas moi qui l’avais écrit et donc je relis cette phrase.

Je plaide la cause des gens à leurs propres yeux.

Ça a été une réaction physique incroyable. Un petit peu comme si dans le cerveau il y avait un plancher étanche qui avait cassé et que toute l’eau, une quantité d’eau incroyable avait commencé à me doucher de l’intérieur. J’ai senti dans tout le corps une sorte de douche intérieure.


Et j’ai passé la journée à 5 cm au-dessus du sol avec des sensations physiques folles comme des rayons de lumière qui sortait de mes doigts et de mes pieds.


Et récemment on m’a demandé : « comment ils étaient ces rayons de lumière ? »

Et j’ai répondu : « blanc, vraiment très blanc ».


Voilà comment ça s’est passé.


Après il a fallu construire tout ça.


J’avais un bilan de compétences à faire et donc j’ai donné ça à la personne, mais on a fait le bilan d’abord sans en tenir compte pour savoir où çà nous menait.


Ça a amené à des changements. Changement de région puisque j’étais en région parisienne. Changement de métier.

Grosse explosion.



Ecouter son intuition et oser changer


AG : c’était une forme de révélation ?

T : Plus qu’une révélation, en anglais ils appellent ça « insight ». C’est vraiment le gros truc puissant, structurant, existentiel. Cette phrase m’accompagne encore aujourd’hui, d’ailleurs je t’en parle.


Il y a eu beaucoup d’étapes préparatoires que j’apprends à voir et des choses qui sont apparues après.


AG : Ton poste de lieutenant c’est venu après ou c’était en même temps ?

T : En fait j’étais avocat de 2000 à 2008 et officier de réserve dans les mêmes années, jusqu’en 2010. C’était venu après le service militaire dans la gendarmerie comme officier, dans le département du Val d’Oise. Ça était un grand moment de ma vie. C’était des expériences très riches humainement et ça m’a appris énormément de choses notamment sur la pensée stratégique et c’est comme ça que c’est venu.


J’ai toujours trouvé l’environnement militaire propice à la réflexion et à l’imagination dans ce domaine-là, ce que j’ai moins trouvé en entreprise après, donc grande déception.


AG : En discutant de cela, ça fait tomber une de mes croyances que l’univers militaire est très cadré, carré, rigide, fermé et finalement tu évoques le fait que tu as pu y développer une forme de créativité dans les stratégies ?

T : Dans l’environnement militaire, il y a deux choses qui ont été absolument essentiels.

La première c’est qu’on ne la rejoue pas. On ne peut pas rejouer 10 fois la même chose pour que la dixième soit la bonne. Il faut avoir bon d’entrée. Pour une raison simple, c’est que c’est la vie de gens qui se jouent et on ne va pas leur dire « vous allez mourir pour voir si ça marche ou si ça ne marche pas ». Et donc ça implique que quand on pense, on pense jusqu’au bout.

De penser les choses qui vont se passer pour les personnes qui vont le faire. Et de se mettre à leur place. Parfois physiquement.


Ça signifie aussi qu’il n’y a pas de petits rôles. Il n’y a pas de gens qui ont moins de place que d’autres. Tout le monde a son rôle et doit pouvoir le jouer pleinement.


La deuxième chose c’est que quand les choses ne se passent pas comme on le souhaite, on réagit très vite et on n’attend pas d’être au bout de l’erreur et donc ça implique une grande souplesse d’esprit et une capacité de mettre son ego de côté. On le sait déjà quand on commence. On est d’emblée dans cet état d’esprit qu’il va falloir éventuellement reprendre les choses si on voit que ça ne tourne pas comme on le souhaite même si c’est pour dire, on continue.


On évalue tout le temps la situation et le dernier point majeur c’est que j’ai découvert ce qu’était la discipline par rapport à l’obéissance.


L’obéissance c’est « tu me dis, je fais. » Que ça me plaise ou non. La question ne se pose même pas.


La discipline c’est la discussion en amont, et on se dit tout parce qu’à la fin on est à la vérité et si on ne dit pas les choses, ce n’est pas la peine de venir après pour dire qu’on avait pensé faire autrement. Il y a une phase amont où on peut tout dire et on dit les choses.





AG : Il y a un travail et une cohésion d’équipe qui est très forte ?

Oui c’est un élément de cohésion que je n’ai pas forcément retrouvé en entreprise. Ce qui permet la cohésion c’est aussi le partage de la décision avant, d’avoir une phase d’échanges très libre avant qui permet la cohésion après même s’il y a eu de forts désaccords et qu’à la fin il a bien fallu trancher, parce que le processus a été correct. Paradoxalement, ça développe le côté familial de la cohésion où justement on se dit les choses.



LA PLACE DES EMOTIONS ET DE LA SENSIBILITE DANS L'UNIVERS PROFESSIONNEL


AG : Aujourd’hui le sujet qui nous rassemble c’est l’hypersensibilité.

J’ai une deuxième croyance. Les métiers que tu as eu, sont des métiers en rapport avec le cadre de la loi.

La loi c’est la loi, il y a des actes très réfléchis, tout ça passe beaucoup par la réflexion or, pour moi, l’hypersensibilité c’est l’inverse. C’est un mode intuitif, c’est le cœur qui décide plutôt que la tête.


· N’est-ce pas compliqué d’être hypersensible dans des métiers comme ceux-là qui demandent beaucoup de réflexion ?


· Quel est le degré de compatibilité, qu’est-ce qui est complémentaire ?


T : L’hypersensibilité, c’est une très vieille histoire il faut remonter au collège.

A l’époque j’étais incapable de nommer ça comme ça, ou penser que c’était ça. De se sentir différent. En décalage. De pas arriver à s’intégrer dans les conversations avec les copains parce ce qu’on dit n’a aucun sens pour eux. On réfléchit en plusieurs temps.

Et j’étais très angoissé au début du collège lors des contrôles, par rapport aux notes. C’était l’enfer. Je ne dormais pas. C’était tout le temps. Et une nuit en 4°, en une phrase tout change. Je prends conscience que quand on rend sa copie, la note elle est faite ; elle existe déjà. Donc c’est en amont qu’il faut s’inquiéter de bosser pour avoir une bonne note.

Ça m’a libéré de ces angoisses là dès le lendemain matin.


J’arrivais aussi à décoder très très bien des expressions des gens. C’était hallucinant pour mes camarades mais j’arrivais à lire quelqu’un en 1 seconde ou 2. Si c’était quelqu’un de bien / pas bien, si son discours correspondait à ce qu’il exprimait et ainsi de suite.


Ce qui m’a fait changer c’est que quand j’étais avocat j’avais le sentiment d’arriver trop tard. Les situations étaient déjà mal engagées et il fallait tout sauver devant un juge. J’avais l’impression d’être le dernier maillon d’une chaîne sur laquelle on aurait pu faire tellement de choses avant. Ce n’était pas tant les lois car je n’ai jamais été bon juriste avec les lois pures, les alinéas etc (rires). J’étais plutôt très bon pour expliquer une situation, comment ça se présentait et comment on en arrivait là. J’étais un juriste intuitif et donc pas très très bon en pratique.

Dès qu’il a fallu devenir rigoriste, ce n’était pas mon sens du beau et ça ne m’allait pas.


Dans l’univers du droit du travail il y a cette dimension très importante et très intéressante beaucoup plus que le côté législatif.


Dans l’armée, c’est un peu tout ça et l’un des retours qu’on me faisait (sans être un compliment) c’était mon courage intellectuel. Dans le cadre des conversations préparatoires.


Ma quête a toujours été de remonter à l’origine du malheur des situations. Donc d’avocat où j’étais au bout de la chaîne, je passe en cabinet d’expertise comptable où je remonte d’un cran et cette fois-ci j’accompagne les entreprises et leurs dirigeants avant que les décisions soient prises. On ne m’appelle plus pour me dire de faire la lettre de licenciement de quelqu’un, cette fois on voit les choses en amont, les embauches donc c’était de plus en plus en amont mais pas encore assez.


INTROSPECTION ET RETOUR A SOI


Fin des années 2000 j’ai fait une psychothérapie pendant 5 années et qui m’a amenée sur le fait que j’étais très tourné sur la question de l’intelligence, de la captation par la pensée ce qui avait amené le développement de toute la partie stratégie et que j’étais quasiment dissocié.

C’est à dire que quand on me demandait ce que je ressentais par rapport à une situation je répondais : je pense que ! Et j’argumentais…


(rires)


Ça m’a permis d’ouvrir cette dimension-là. D’abord par les rêves, à l’époque qui se manifestait quelques jours avant la séance. Et le travail a consisté à me renarcissiser et me remettre au centre de mes réflexions ; de mes émotions, de mes pensées.


Un jour ma psy (formidable) en séance et alors que j’évoquais la possibilité d’être pervers narcissique en raison des relations compliquées avec ma femme de l’époque, me lâche : « je ne crois pas que pervers soit le problème, je crois que le problème c’est narcissique. »


Je pars avec ça. Ça m’obsède pendant 1 mois jusqu’à ce que je réalise que je ne le suis pas assez.


Qu’au contraire je suis totalement tourné vers les autres, avec un grand côté sauveur.


Tout sauver, tout le monde, de tout … et par l’intelligence, l’analyse fonctionnelle.


Depuis je travaille à me remettre au centre de mes préoccupations, retrouver une légitimité à penser à soi.

Pas qu’à soi, j’ai toujours un petit côté sauveur … (rires) … plus cadré.


Donc aujourd’hui la partie émotionnelle et stratégie co-existe pleinement et chacun s’intègre dans l’autre.


Ce que j’avais appris n’était pas faux du jour au lendemain.

C’était un retour à soi plutôt qu’une découverte.

Parce que même les émotions sont carrées. Les situations dans lesquelles on les ressent.


Ce qui m’a conduit à m’intéresser à l’Analyse Transactionnelle, au phénomène de maturité et de racket émotionnel.

Cela permet un dialogue entre la partie émotionnelle et la partie plus intellectuelle.


Du coup, quand je dialogue avec quelqu’un j’arrive à percevoir assez rapidement si la personne a une vision plutôt intellectuelle des choses ou si elle est dans le ressenti pur.


Il y a ceux qui ont une vision intellectuelle des émotions et ceux pour lesquels les émotions sont une sorte de vague qui leur déferle dessus et même temps c’est « vague ».

Chacune a un chemin à faire, c’est le même et il se retouche au milieu.


C’est ce que j’essaye de faire : être à la fois sensible à l’émotion et ça marche, ça me reconnecte (besoin de toucher, une balade en forêt, des choses élémentaires) mais je ne m’interdis pas de penser que ça obéit à des règles qu’on peut décrire.



RECONNAÎTRE SON HYPERSENSIBILITE



formation de coaching : un révélateur


AG : A quel moment tu as mis un mot sur l’hypersensibilité, sur le fait d’avoir été reconnu selon tes termes ?

T : C’est assez récent.


Ça remonte à 2017 avec une révélation, moins forte que celle évoquée précédemment.


Pendant ma formation de coach, un module était consacré à la part d’ombre et tout le monde avait peur. Mais pas moi. J’étais prêt. J’en avais envie. Il n’y avait pas d’attentes particulières. Juste une écoute.


Ça m’a libéré d’une immense culpabilité. Mais immense. (Silence)


Et à l’époque l'hypersensibilité ça me paraissait être quelque chose de très lointain même si je connaissais le mot.

Ce n’était pas moi. Ça ne me concernait pas.


C’est ce que je croyais.


Pendant ce module et cette formation, l’un des accompagnants me renvoyait à cette capacité sensible. C’est lui qui a vu.


Je ne comprenais pas pourquoi.


C’était encore flou. « Oui, non, peut-être, j’en sais rien. »


Ce n’était plus le refus de « ça existe mais c’est pas moi », il y a une émergence de quelque chose de l’ordre du « ça existe ET peut-être ».

J’ai ouvert la porte à cette idée-là.


Puis j’ai eu la chance d’accompagner la promotion suivante.

Et c’est au cours de cette période que j’ai reconnu quelqu’un à mon tour.

Et ce jour-là j’ai compris pour moi et je l’ai assumé. C’était surtout ça le fait de me dire : OUI.

HYPERSENSIBILITE : COMMENT EN FAIRE UNE FORCE ?


AG : Et tu voyais ça comment ? Une force ? Une faiblesse ? Tu t’es dit « j’en fais quoi » ?

T : D’abord ça m’a fait relire tout le passé. Mon adolescence etc. Voir le fil conducteur, le puzzle qui se reconstitue. Ça m’a remis un lien/un fil dans tout mon parcours.


Mais sur le moment, j’ai eu la chance d’avoir une réflexion et une sensibilité cadrée car j’avais fini mon école de coaching. Je coachais déjà donc j’étais dans la capacité à accueillir ce qui se passe chez les autres. Pouvoir faire la place.


J’étais assez outillé et mâture pour l’accueillir tranquillement.

J’ai pas eu le bouleversement immense que certains décrivent. Cette sensation d’envahissement.

Ça a toujours été un peu structuré et en ce sens-là ça peut-être vécu comme une force.

Après j’ai rencontré des gens, où l’idée qu’ils soient eux-mêmes hypersensibles m’a traversé l’esprit.

Qui ont foiré leurs études, d’avoir le sentiment d’être constamment en retard sur tout, de ne pas arriver à s’intégrer dans une conversation à plusieurs, d’avoir le sentiment d’être plus lent, d’être assailli d’informations sans savoir quoi en faire. Et que finalement tout ça reste là et c’est essentiellement une immense perturbation.


Moi je n’ai pas le sentiment d’avoir vécu ça.


Car je suis passé par la structuration intellectuelle forte à la limite de la dissociation.


AG : Pour toi, l’hypersensibilité chez les hommes et les femmes est vécu de la même façon ?

T : Non je note des différences.


AG : Lesquelles ?

T : Je ne travaille qu’avec des femmes. Il y a une énorme différence et je pense que ça touche à l’éducation et à la maturité émotionnelle.


Très schématiquement et en généralisant (au risque de faire hurler les cas particuliers) chez les femmes il y a des émotions interdites comme la colère et chez les hommes c’est la peur ou la tristesse. On ne les montre pas, et on ne les transforme pas.


D’une façon générale, une petite fille n’a pas vocation à se mettre en colère. Bien souvent elle va substituer la tristesse. Donc si une situation ne lui convient pas, elle va plutôt pleurer et demander à être consolée. Ce qui peut ultérieurement avoir des effets pervers majeurs.


Donc elles acceptent, encaissent, prennent. La crise de la quarantaine pour une femme c’est de remettre la colère au présent et de le vivre maintenant. S’autoriser la colère sans forcément jeter un vase par la fenêtre.


AG : Oui et dire que ça ne convient pas...

T : C’est ça pour que ça change et non que je me mette à pleurer et que je finisse par accepter que c’est comme ça et pas autrement.


Et ça, ça éduque énormément le regard des hommes. Ils sont très habitués à voir chez leur compagne plutôt de la tristesse que de la colère.


Ce que je constate chez l’homme, c’est que la colère ça marche pour tout.

J’ai peur je me mets en colère.

Je suis triste, je me mets en colère.


Et je pense que ça crée un biais immense dans toute la société qui expliquerait beaucoup de situations dramatiques dans les couples.


Ce défaut de maturité émotionnelle (plus présent chez l’homme car les femmes ont plutôt tendance avec exprimer leurs émotions avec précision dans les termes) crée un grand décalage.

Ce qui cause des soucis dans le couple, notamment des situations de violence, et au travail aussi.



AG : Et en entreprise, comment ça se manifeste ?

T : On retrouve cette même dimension, management dur.

En entreprise quelqu’un qui s’écoute c’est un défaut, ce n’est pas une qualité du tout.


La seule émotion qui a le droit de cité c’est la colère. De sorte que les personnes hypersensibles peuvent chercher l’hyper adaptation car peur et tristesse n’ont pas leur place. Ce qui peut fonctionner un temps avec le risque que ça lâche et alors là c’est le burn-out que j’ai connu un temps.

Toujours avec cette idée que je peux comprendre, je peux faire, je peux prendre (y’à la place) avec un phénomène d’accumulation. Et avec l’interdiction d’en parler, de l’évoquer sans passer pour faible avec un discours managérial qui pousse à l’oubli de soi.

Les termes « Collaborateurs », « partages » cachent assez mal la structure hiérarchisée. Et ce double langage-là est très pénible pour les personnes hypersensibles parce qu’elles le captent en permanence et donc ça crée une usure.


On vient à dénigrer cette partie qui voit bien que la table de massage entre midi et deux ou la table de ping-pong ne vont rien changer au harcèlement qu’elle peut subir.

C’est une dimension gadget crédible pour les personnes qui ont une approche mécaniste du sujet.



AG : On est pourtant dans une société de plus en plus acculturée à ces questions-là : des compétences émotionnelles et relationnelles.

Les soft skills sont à priori de plus en plus mises en avant dans les offres d’emploi, qu’en est-il de la pratique ?

T : Oui c’est bien là le problème : la pratique.



ETRE A L'ECOUTE DE SON INTUITION ET DE SON ENFANT INTERIEUR


A l'écoute de soi pour grandir

AG : Qu’est-ce que tu dirais à un homme ou une femme qui se sent mal à l’aise en entreprise mais qui n’arrive pas à expliquer pourquoi ?

T : Ah en tant que coach j’ai du mal à savoir ce que je lui dirai … je l’écouterai d’abord …. heu...


AG : A quelqu’un qui vient d’écouter ton parcours, tout ce cheminement que tu as fait …

T : J’aurai un réflexe assez outil parce que moi c’est ce que j’ai fait et qui m’a aidé.

Des modèles qui m’ont permis de mettre dans des cadres et des cases.

Ça sert de base à une libération par exemple le triangle dramatique de Karpman.


Quand c’est accompagné ça permet de mettre des mots sur ce qui se passe et à l’adulte en soi de pouvoir avoir un dialogue avec l’enfant en soi.

L’hypersensibilité selon moi, et pour les personnes qui en souffrent aujourd’hui, si je devais schématiser c’est l’enfant intérieur qui hurle comme il peut (de façon désordonnée et sans mot) et l’adulte qui n’a pas les mots ni les concepts. C’est un échec du dialogue interne.


En se structurant un peu, la partie adulte peut créer un début de dialogue avec l’enfant qui voit les choses. Qui voit tout et hurle. C’est le syndrome de Cassandre. Il ne peut pas agir car il n’a pas accès, à part somatiser.


AG : C’est ce que j’allais te dire c’est que c’est par le corps, les douleurs que ça se retranscrit …

T : oui et aussi les mimiques, les gestes, par les façons de se tenir, parfois la maladie. Je ne m’aventure pas sur ce dernier point car je ne maîtrise pas du tout. J’ai du mal à me dire qu’il y a un lien très direct.


Ceci dit oui les douleurs, l’anxiété.


J’avais donc la partie adulte très outillée qui a laissé la place à l’enfant de s’exprimer.


Si j’avais une image pour résumer :

« la part adulte = la parole, les mots, l’écrit a la mission de protéger son enfant intérieur et de lui donner la parole. »

Et comme on agit en société, c’est de rendre ça acceptable, entendable.


Et donc les mots, les expressions quel que soit la forme (l’écrit, une chanson, une discussion comme maintenant) sont des véhicules.


Son rôle d’adulte n’est plus de cacher ce que l’enfant souhaite ou manifeste.

Doit être au plus près et au plus juste.


Ce que j’ai lu c’est que les personnes hypersensibles ont un très grand lien à la dimension authentique, à la justice, à la justesse.


D’ailleurs, le 1er billet de mon blog est « Peut-on être juste sans être juste » en essayant de jouer sur le côté justice / justesse.


En quoi la justesse permet la justice ?


Justement par le bon mot, le mot qui va bien, le plus précis qui permet de rendre justice à l’émotion que l’on souhaite traduire.


La formulation positive y compris pour traduire quelque chose qui ne l’est pas : quand c’est mauvais c’est mauvais, c’est pas « pas bon ».


Ça m’a permis de faire vivre ce dialogue. Et de m’autoriser à sortir des sentiers battus, à me les approprier.


En faire quelque chose qui sera à moi.


AG : Te donner l’autorisation et te permettre de faire et d’Etre tout simplement soi ?

T : Il y a un sort que je voudrais faire à l’égo.


Tu disais que les valeurs soft-skills rayonnent, qu’il y a des sujets de plus en plus autour de ça et c’est vrai mais je vois aussi très bien comment l’égo s’empare de ce genre de choses.


Il le traite à son niveau et les personnes sont intimement persuadées de répondre à la demande mais ne mesurent pas le niveau d’authenticité et de sincérité que ça réclame.


Et on en voit beaucoup et que l’un des véhicules qui m’a permis de prendre conscience d’une certaine forme d’hypersensibilité c’est justement la détection de ça.


Je n’étais pas à l’aise en écoutant certains discours, devant certaines personnes qui font des vidéos et qui par ailleurs professaient tout ce qu’on vient de se dire.


Le côté manipulateur marche à plein.


Les personnes dans l’attente de ce genre de choses et qui se fixent l’hypersensibilité presque comme un objectif professionnel marchent très bien face à ce type de discours là.


Il va mettre un hypersensible mal à l’aise parce qu’il va sentir le double discours sans forcément pouvoir le formuler, l’expliquer, le décoder et il va y avoir un malaise.



AG : Il faut faire confiance à son intuition à ce moment-là ?

T : Oui, votre corps a raison. C’est le premier à intervenir avant la sphère émotionnelle.


Une autre manifestation de l’hypersensibilité est ma capacité à lire dans la façon dont le visage se positionne avant même que quelqu’un ait répondu ou commencé le travail d’une formulation d’une phrase avant d’en avoir évacué 3 ou 4 avant et pendant ce temps-là le corps a déjà répondu.


Et on cherche la phrase acceptable qui va faire passer ce que le corps vient de dire.


Y’à l’émotion qui arrive et cela dure parfois plusieurs longues secondes avant que la phrase arrive.


Avant on a posé les yeux quelque part, on a eu une attitude corporelle, soit de recul ou au contraire d’intérêt. Donc a répondu.


C’est ça qui m’a mis la puce à l’oreille sur la question de l’hypersensibilité.


AG : On en revient à cette période du collège où tu lisais sur les visages

T : Mais on y arrive tous, au collège, au lycée on lit tous nos profs ; on sait qui ils sont.

A la cantine, entre leur réputation et ce qu’on découvre, il nous faut 15 jours alors qu’on n’est pas formé à ça. On est juste capable de le faire. Et puis on perd cette capacité-là.


Parce qu’on intellectualise plus alors qu’on perd des capacités de vision de ce genre de choses et l’idée pour moi justement c’était de revenir à ça.


AG : Un souhait pour l’avenir ?

T : Continuer parce que c’est le chemin. Je ne sais pas où ça me mène, ni où ça ira.

  • Continuer dans ce sens-là, par le coaching et d’autres véhicules, je peux en vivre et en faire profiter. Il y a une utilité à ça, même si ce n’est pas perceptible et que ça peut réveiller de grands moments de doutes et de douleurs, c’est le chemin.

  • Continuer à le faire, le développer mais en dépouillant davantage de mes outils, jeux et exercices même si c’est à contre-courant de la gamification parce que le problème c’est qu’on tombe dans l’anecdote, le divertissement. C’est faire autre chose, regarder ailleurs.


Alors que pour moi, le coaching c’est le contraire, c’est de l’introvertissement.

Surtout ça et rien d’autre.

Propension à l’auto-analyse de l’hypersensible, intelligence de soi.


La démarche d’être introverti n’est pas de se renfermer en soi mais d’y aller sans chercher de fuite, de faux-semblant et je précise instantanément que ce n’est pas l’occasion d’être méchant envers soi.


Qu’on ne réussit pas en se tapant dessus. C’est Être dans l’accueil.

Avec des aspects qui vont aller, pas aller. Mais ça s’accompagne, ça se remercie et ça avance.


C’est la façon dont l’adulte intérieur va pouvoir aller à la rencontre de l’enfant intérieur.


Et je me souhaite d’aller de plus en plus vers le fondamental.


AG : Vers une introspection dépouillée ?

T : Dépouillée et d’autant plus riche qu’elle est dépouillée.

Dans l’écoute, sans attente.

Pas dans le sens je n’attends rien, je m’en moque.

Dans le sens mes attentes sont une diversion.

Peuvent me mettre hors sujet.


Et c’est impardonnable à soi d’être en dehors de son propre sujet.


Être juste en observation de ce qui se passe.


La méditation de façon intériorisée et à l’écoute de soi c’est un moyen de pouvoir s’observer et quand on a plus l’habitude de ça on peut le faire à tout moment.


De le faire en situation et pas de le relire après.

Vivre ce qui se passe dans la situation et pas à postériori.



Merci beaucoup pour cet échange.

Merci à toi.


Coach professionnelle certifiée, spécialiste de la gestion du stress, dotée d'ultra sensibilité je vous accompagne dans vos problématiques et projets de vie personnels et professionnels, en lien ou non avec votre caractère hypersensible : 06.69.30.15.15 ou contact@capchangement.com pour toutes questions.


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